Contes culinaires - page 14

 

Quand je me suis retrouvée nue sur le Divan alors que quelques secondes avant j'étais au téléphone, j'ai d'abord été légèrement surprise. Pas de nausée, pas de mal de tête. Non, je suis juste apparue là, d'un coup. J'étais au téléphone avec Marc : "Bien sûr que je viens, tu veux que j'apporte quelque chose ?" et, pof ! Je me suis retrouvée là. C'est en entendant la voix dans la pièce d'à côté que je commençais à réaliser ce qu'il se passait. Comme quand on entend un enregistrement de sa propre voix. On se reconnaît à peine, pourtant on sait que c'est sa voix. Je me suis vue sortir de la chambre en peignoir, parlant toute seule en me demandant pourquoi j'avais accepté l'invitation de Marc. Alors, j'ai répondu, m'attendant à passer inaperçue, comme les anges que j'avais vus dans les ailes du désir qui assistent en spectateurs au temps qui passe. Mais ce n'était pas cela, l'autre me voyait, m'entendait et paraissait aussi surprise que moi de me trouver là. J'étais deux. Par politesse, je lui disais que j'étais la version bêta, sachant bien cela faux mais voulant quand même la rassurer. Au moins, j'avais la solution à mon problème de réveillon. C'était sans doute stupide mais c'est ce qui me paraissait le plus important ce soir là. Nous décidâmes assez vite qu'elle prendrait la robe de soirée et que c'était donc moi qui irait chez Cathy tirer le bilan de l'année écoulée. Ma meilleure amie avait le chic pour regarder en arrière et détailler tous les événements de sa vie qui, selon elle, avaient marqué l'année écoulée. Nous évoquerions nos amourettes ratées, le regret de s'être laissées sauter par Philippe ou Paul un soir d'alcool et de solitude et nous prédirions sans trop y croire que 1997 serait l'année du grand amour. Je partais donc le cœur léger chez Cathy. En chemin j'imaginais notre réveillon, deux assiettes de salade au foie gras de chez ses parents et un feu dans la cheminée. Je tenais mentalement la liste des points forts de l'année écoulée pour la lui raconter. Arrivée devant de digicode, je savais déjà à peu prés tout ce que nous allions nous dire et que nous sortirions prendre l'air du temps en ville après les douze coups de minuit. Soudain, je n'eus plus très envie de voir Cathy. Elle était pourtant ma meilleure amie et serait toute seule pour la saint Sylvestre si je n'allais pas la voir. Mais je pensais à l'autre Géraldine, ma jumelle, qui s'amusait chez Marc. Et si après minuit elle disparaissait. Si j'avais laissé passer l'occasion unique de passer une soirée avec moi. Il me semblait tout d'un coup que j'avais tant à me dire et à m'écouter. Je décidais de rebrousser chemin et d'appeler chez Marc en maquillant ma voix pour me demander de revenir à la maison. Et puis pour Cathy, je trouverai bien une solution, j'avais tout le chemin du retour pour inventer un mensonge. Arrivée devant chez moi, je n'avais toujours pas trouvé quoi dire à Cathy. Par contre, je vis mon double qui rentrait elle aussi à pied. Nous devions avoir eu la même idée. Au moins cela m'éviterait d'avoir à appeler chez Marc. En entrant dans l'appartement, nous nous trouvions nez à nez avec Géraldineg et Géraldined nues sur le divan en train de discuter. -"Ah, vous tombez bien toutes les deux, on n'avait plus de clef pour sortir et il n'y a plus rien de valable à se mettre pour le réveillon. Bon, allez, passez nous vos robes, ne vous inquiétez pas, on s'est déjà mises d'accord pour savoir qui va se faire sauter chez Marc et qui va chez Cathy. On vous a préparé une salade mozzarella, feta, basilic et tomates. De toutes façons, avec tout ce que vous avez à vous dire, c'est pas la peine de faire un festin. La bouffe parait secondaire."

 

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Guillaume Lagaillarde
Le 31 aôut 1997

E-mail : lagaillarde@mail.chez.com

 

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